25 avril 2020 : joli petit chemin des confinés, dé-confiné…

25 avril 2020 : joli petit chemin des confinés, dé-confiné…

« Émanciper la vie qui nous traverse, cette vie à laquelle nous devons laisser temps et libre cours » Alain Damasio

« Qu’en est-il de toi, Petit Musée, aujourd’hui depuis ton installation pendant les vacances de février ? C’est aujourd’hui premier jour du week–end de l’inauguration…

Loin de toi, je ferme les yeux et t’imagine. Tu apparais comme une fusion d’un sentier authentique, sauvageon, libre, développant toutes tes fantaisies jusqu’au lavoir et d’un chemin d’herbe tenue rase, composition soignée avec tes 20 stations bien organisées et entretenues avec soin. Je sais que tu es en mouvement pendant que nous, humains, sommes figés en confinement dans nos maisons. Tes plantes pointent le nez en ayant préalablement regardé à droite et à gauche, testé leur emplacement, s’être décidées à pousser. Elles se reposent à l’ombre d’un arbre ou d’une liane, se prélassent au soleil et augmentent les pigments de leur couleur, débordent de leur place peut-être jugée trop petite, s’acoquinent avec les voisines, se comparent aux dessins, vérifient l’exactitude des fiches botaniques, jouent furtivement pour honorer les rendez-vous que nous leur avions fixés aujourd’hui et demain, le 25 et 26 avril 2020 pour une journée de la fameuse fête. Déprogrammée !

« 

L’innocent paradis, plein de plaisirs furtifs (Baudel., Fl. du Mal,1857, p. 101)

Comme veut nous le faire sentir dire Alain Damasio dans son livre « Les furtifs », récit qui se déroule en 2040, la nature se réalise dans des êtres de chair, de sons, de matières, de textures aux facultés inouïes de métamorphoses qui ouvrent la possibilité de se rapprocher du vivant merveilleux à qui sait l’observer, le comprendre et s’en inspirer. « Pendant que nous tissons les liens de nos cocons numériques », notre bout de nature à Berrac, apprivoisée, vit sa vie sans nous, sans dépense d’énergie excessive, tout en douceur et tranquillement. Chemin, nature, petit, sauvage, art, paisible, gens, diversité, plein air, liberté : le Petit Musée des plantes sauvages comestibles va plus loin aujourd’hui que ne le révélait notre premier jet de mots écrits sur le papier. Il interprète les correspondances et les interactions de ce texte d’intention, sous la forme d’un cycle naturel imperturbable et infini.

Nous, les hommes, un peu comme lions en cage, à l’unisson à l’échelle planétaire, nous sommes reclus, perclus à la maison dans un rayon de 1km et nous n’irons pas goûter le vin de sureau et les toast cuisinés d’après les recettes d’Aline Salanié et du chef du restaurant Racine à Lectoure.

La vie est un chemin

J’ai passé un an et demi à designer ce projet, dans une joie presque neuve. Cahier des charges assez chargé tout de même… de la conception à la fabrication jusqu’à l’installation dans le froid et la pluie de ce printemps, au tout début de l’épidémie du coronavirus et en compagnie de John, Monique, Thierry, Sébastien et Jeanine.

J’ai appliqué à la lettre les leçons de Gilles Clément Dans « Le jardin en mouvement », notre maître le jardinier idéologue. Il dit qu’une des manifestations remarquables d’un jardin (ou d’un espace public aménagé) vient du déplacement physique des espèces sur le terrain. Nous avons en effet suivi le végétal avec toutes ses fantaisies, sans le déranger. Notre petit chemin aménagé pour la ballade botanique est une création conçue à la fois comme un jardin et comme un chemin qui abrite des plantes naturelles qui, seules, doivent vivre sans contraintes.

Des stations « nomades » ont été localisées avec des petites bâtons tagués à la bombe fluo et étiquetées soigneusement. Plantes et balises seront amenées à se déplacer au fil des jours, des mois, des années. Tout bouge comme un nuage ou l’écume d’une vague. Les espèces de plantes auront le choix de décider de leur emplacement.

Travail de mémoire

Mes parents m’ont initié à la « géométrie » de la nature et à en tirer le meilleur, m’ont appris à être souple avec elle et m’ont donné comme on dit la main verte. Ils sont partis quand ce jardin est né exactement, à la date près, et ne le verront donc jamais en vraie grandeur. Eux qui n’ont cessé de tendre l’oreille pour entendre une biche dans le bruissement de feuilles ou le gloussement d’une tourterelle nichée dans un arbre proche, toujours « reliés » à la nature, aimant la sentir vibrer… mon père cueillant les feuilles du plantain ou du millepertuis sauvage, matière première moissonnée pour la préparation d’onguents à la cire d’abeille et à la lanoline (délicieux souvenir d’enfance)… C’est à eux que je le dédie, aujourd’hui 25 avril, jour de l’anniversaire de ma mère, la masseuse, la soignante, la guérisseuse, la cuisinière hors pair et auteur aussi de fort bonnes recettes locales, héritée de ses aïeuls et que je voulais aussi transmettre à ma manière par ce Petit Musée et ce site. Le 25 et 26 avril, cela méritait bien la coïncidence !

Transmission

Les connaissances accessibles d’un simple swipe (déplacement rapide du doigt sur l’écran tactile d’un smartphone), le smartphone dans la poche, le le QR code pour se repérer, c’est aussi parti pour les rencontres virtuelles et nous avons décidé de les tester en temps de confinement ! Une idée a germé : se retrouver le dimanche 26 avril à 15h30 sur Whatsapp ou (et) sur Zoom pour déguster un verre de vin de sureau et déguster quelques toasts. Les uns chez eux et les autres in situ sur le chemin, les veinards !

Quant à moi, enseignante virtuelle confinée (Pôle de Design d’Argouges, Grenoble, section STD2A Sciences et technologies du design et des arts appliqués), partant du petit jardin j’ai choisi de faire plancher mes jeunes étudiants pendant la période de télétravail.

Ci-dessus les créations numériques de Kattel. Dessous, celles tout aussi abouties de Marine, Lauriane, Léa, Zélia, élèves grenobloises qui ont pu découvrir le site du Petit Musée des plantes sauvages sur le web. Jeanine Biasiolo via son smartphone et la plateforme « Collaborate » du CNED, a pu communiquer en direct à la classe connectée pendant un cours, apporter ses remarques, son expérience sur la technique d’impression japonaise baptisée pour l’occasion Tataki at home. Son coup d’envoi s’est prolongé par des sujets de création en référence à la nature et au Japon ancestral : des motifs textiles, la personnalisation d’une boîte bento (弁当, pratique en japonais) pour transporter un repas individuel, un aménagement sous la forme encore d’un « cabinet de curiosités artistiques et scientifiques » dans la vitrine d’un salon de coiffure responsable et écologique, Végétalement… « 

Geneviève